Covid-19 : l’ONU en appelle aux donateurs face à « l’effondrement » du système sanitaire au Yémen

Photo : UNICEF
Les médecins d’un centre de quarantaine à Aden, au Yémen, ont reçu des fournitures EPI de l’UNICEF.

Les Nations Unies ont besoin de 2 milliards de dollars pour maintenir jusqu’à la fin de l’année les programmes d’aide au Yémen. Un financement plus urgent que jamais face à « l’effondrement » du système de santé yéménite.
Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (BCAH), la pandémie de Covid-19 exacerbe gravement la crise humanitaire au Yémen, qui était déjà la plus importante au monde. Plus de 30 programmes clés de l’ONU risquent de fermer dans les semaines à venir en raison du manque de financement.

« Les équipes d’intervention rapide de Covid-19, par exemple, ne sont financées que pour les six prochaines semaines », a affirmé vendredi Jens Laerke, porte-parole du BCAH lors d’un point de presse virtuel depuis Genève.
Sur le terrain, les épidémiologistes estiment que le virus pourrait se propager plus rapidement, plus largement et avec des conséquences plus mortelles que dans de nombreux autres pays.
« Le Yémen est vraiment au bord du gouffre en ce moment. La situation est extrêmement alarmante. Et les organismes d’aide parlent de l’effondrement du système de santé », a ajouté M. Laerke.
Depuis l’apparition du premier cas le 10 avril dernier, les autorités yéménites ont signalé 184 cas dont 30 décès à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cependant, « l’incidence réelle est presque certainement beaucoup plus élevée ».
L’hypothèse d’une transmission communautaire à l’échelle du pays
Selon l’Agence onusienne, les tests restent rares et seule la moitié des établissements de santé sont pleinement opérationnels. Le système de santé du Yémen a besoin d’une aide importante pour contrer la menace de Covid-19.
Selon le porte-parole du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), « les organismes humanitaires au Yémen travaillent maintenant avec l’hypothèse qu’une transmission communautaire à l’échelle du pays ».
« Nous entendons beaucoup d’entre eux dire que le Yémen est vraiment au bord du gouffre en ce moment », a-t-il ajouté.
« Les organismes d’aide parlent ainsi devoir refuser des personnes parce qu’elles n’ont pas assez d’oxygène (médical), qu’elles n’ont pas assez d’équipements de protection individuelle », a insisté M. Laerke à une question d’un journaliste. Mais pour l’Agence onusienne, il est urgent d’en faire plus, notamment en ce qui concerne l’oxygène et les équipements de protection individuelle. « Avec une pénurie aiguë d’équipements de protection individuelle pour les travailleurs de la santé et l’absence de paiement régulier des salaires, le système de santé s’effondre » au Yémen.
Pour limiter les dégâts et venir en aide aux populations déjà frappées par des années de conflit, les agences d’aide humanitaire « intensifient leurs activités de sensibilisation, de prévention et de gestion des cas ». Elles ont également augmenté leur capacité logistique et d’approvisionnement.
Lutter contre une pandémie avec un système de santé effondré
Selon l’ONU, près de125 tonnes de fournitures sont ainsi arrivées, tandis que plus de 6.600 tonnes de tests, d’équipements de protection individuelle et de fournitures pour les unités de soins intensifs sont en cours d’acheminement. « Cependant la préservation des programmes d’aide existants à grande échelle dans les domaines de la santé, de l’eau et de l’assainissement, de la nutrition et d’autres secteurs offre également une défense essentielle contre l’infection pour des millions de personnes », a fait valoir M. Laerke.
Le Yémen est en proie depuis 2014 à un conflit entre les rebelles Houthis et le gouvernement, appuyé depuis 2015 par une coalition menée par l’Arabie saoudite. Selon l’ONU, cette guerre a provoqué l’une des pires crises humanitaires dans le monde et occasionné l’effondrement des infrastructures sanitaires.
A noter que les Nations unies et l’Arabie saoudite organiseront conjointement le 2 juin prochain un événement virtuel d’appel de fonds.
« Nous demandons aux donateurs de s’engager généreusement et de verser leurs contributions rapidement. Nous nous approchons d’un précipice budgétaire et, sans financement supplémentaire, le Yémen devra lutter contre une pandémie de Covid-19 avec un système de santé effondré », a conclu le porte-parole d’OCHA.