À l’Assemblée mondiale de la santé, António Guterres déplore « les stratégies divergentes » face à la Covid-19

Photo ONU/Mark Garten
Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lors d’une conférence de presse virtuelle.

A l’ouverture de la 73ème Assemblée mondiale de la santé, ce lundi 18 mai à Genève, le Secrétaire général des Nations Unie, António Guterres, a fustigé les stratégies divergentes adoptées pour lutter contre la pandémie de Covid-19.
« Nous avons vu des expressions de solidarité, mais très peu d’unité dans notre réponse face à Covid-19. Les pays ont suivi des stratégies différentes, parfois contradictoires, et nous en payons tous le prix fort », a déclaré António Guterres.

« De nombreux pays ont ignoré les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) », a-t-il ajouté par visioconférence depuis New York à l’ouverture de cette réunion annuelle des 194 pays membres de l’OMS qui se tient virtuellement pour la première fois de son histoire.
En conséquence, le virus s’est répandu dans le monde entier et se dirige maintenant vers les pays du Sud, où il pourrait avoir « des effets encore plus dévastateurs ». « Et nous risquons de nouveaux pics et de nouvelles vagues », a mis en garde le Chef de l’ONU.
Or selon le Secrétaire général de l’ONU, le nouveau coronavirus doit être « un signal d’alarme » qui a exposé « notre fragilité collective ». « Il est temps de mettre un terme à l’arrogance », a relevé le Chef de l’ONU, ajoutant que ce « profond sentiment d’impuissance » doit nous « inciter à plus d’humilité ». En gros, devant ces menaces mondiales, mortelles, la communauté internationale doit « trouver une nouvelle unité, une nouvelle solidarité ».
L’OMS est irremplaçable »
Dans cette nouvelle ère de fraternité, « l’OMS est irremplaçable ». « Elle a besoin de ressources accrues, notamment pour apporter un soutien aux pays en développement, qui doivent être notre plus grande préoccupation », a dit le Chef de l’ONU, alors que beaucoup redoutent un scénario inquiétant, notamment en Afrique même si ce continent, dans l’ensemble, est pour le moment peu touché par la Covid-19.
Dans tous les cas, « protéger les pays en développement n’est pas une question de charité ou de générosité, mais une question d’intérêt commun éclairé ». « Les pays du Nord ne pourront venir à bout de la Covid-19 que si les pays du Sud la neutralisent en même temps », a d’ailleurs appuyé M. Guterres.
Une façon de rappeler les trois fondamentaux sur lesquels il continue d’insister depuis le début de la pandémie. L’ONU a ainsi plaidé pour que toute intervention sanitaire complète et guidée par l’OMS, mette l’accent sur la solidarité avec les pays en développement. Des mesures humanitaires doivent venir compléter ce dispositif.
Deuxièmement, l’ONU a appelé à la mise en place de mesures pour faire face aux terribles conséquences économiques et sociales de la crise. « Permettez-moi d’être clair : nous ne devons pas choisir entre la réponse aux conséquences sanitaires ou aux retombées économiques et sociales de cette pandémie », a relevé M. Guterres, parlant de « fausse dichotomie ». Car si le monde ne contrôle pas la propagation du virus, « l’économie ne s’en remettra jamais ».
D’autant que si les pays développés ont les moyens d’y parvenir par eux-mêmes, il faut également une augmentation massive des ressources disponibles pour les pays en développement. Enfin pour l’ONU, il est clair que la reconstruction après la crise de Covid-19 doit aboutir à des économies plus égalitaires, plus inclusives et plus durables et à des sociétés plus fortes et plus résilientes.
M. Guterres appelle à « un grand effort multilatéral », avec la recherche d’un vaccin comme point de départ
Pour le Chef de l’ONU, cette pandémie est « une tragédie » qui a exposé « notre fragilité collective ». « Malgré les grands progrès scientifiques et technologiques de ces dernières années, il a suffi d’un virus microscopique pour nous mettre à genoux. Nous ne savons pas encore comment l’éradiquer, le traiter ou le prévenir », a ajouté M. Guterres, relavant au passage que la fragilité exposée par le virus ne se limite pas aux systèmes de santé. Mais elle touche tous les domaines de notre monde et de nos institutions.
Dans ces conditions, il appelle à un « un grand effort multilatéral » face à cette « tragédie » pour faire face à la crise climatique et pour lutter contre toutes les inégalités. « J’espère que la recherche d’un vaccin pourra en être le point de départ », a-t-il dit, estimant essentiel « que toute personne, où qu’elle se trouve, ait accès – physiquement et financièrement- à ces solutions, qui constituent un bien public mondial par excellence ». « Nous pouvons le faire. Mais, le ferons-nous ? », s’est interrogé M. Guterres.
Plus largement, la planète ne saurait « envisager un avenir fait de peur et d’insécurité ». « Ou bien nous traverserons cette pandémie ensemble, ou bien nous échouerons. C’est dans l’unité que réside notre survie », a-t-il répété. Comme pour dire que lorsque le chapitre de cette épidémie sera « clos », il faudra par la suite « accorder un temps de rétrospection pour comprendre comment une telle maladie est apparue et a fait de tels ravages, si rapidement, à travers le monde ».
« Et comment tous les acteurs ont réagi face à la crise », a-t-il insisté, tout en ajoutant que « les enseignements à tirer seront essentiels pour nous permettre de bien relever les défis similaires qui pourraient se présenter à l’avenir ».
« Mais nous n’en sommes pas là. Pour l’instant, nous devons être unis, faire en sorte que la communauté internationale collabore dans la solidarité pour éliminer ce virus et ses conséquences dévastatrices », a conclu M. Guterres.