L’ONU appelle à reléguer la violence sexuelle aux annales de l’histoire de l’humanité

Photo ONU/Mark Garten
Naledi Pandor, Ministre des relations internationales d’Afrique du Sud, Nadia Murad, Prix Nobel de la paix, Pramila Patten, Représentante de l’ONU sur les violences sexuelles liées aux conflits, et Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix.

A l’occasion du 10ème anniversaire du mandat de la Représentante spéciale de l’ONU sur les violences sexuelles liées aux conflits armés, l’actuelle Représentante, Pramila Patten, a appelé à une décennie « d’action décisive pour éliminer la violence sexuelle de notre quotidien et la reléguer une fois pour toutes aux annales de l’histoire de l’humanité ».
« Les dix dernières années ont suscité davantage d’action concertée pour lutter contre ce fléau que dans toute l’histoire de l’humanité », s’est félicitée Mme Patten en donnant le coup d’envoi d’un événement organisé au siège de l’ONU à New York, auquel ont participé également les Prix Nobel de la paix, Nadia Murad et Denis Mukwege.

Pramila Patten a souligné que les progrès réalisés ont été transformateurs dans « trois domaines essentiels » : le cadre normatif, la capacité institutionnelle et l’impact opérationnel.
Ces progrès ont donné aux acteurs de la sécurité de nouveaux moyens d’action et aux survivantes et à leurs défenseurs de nouvelles responsabilités, ainsi que des moyens de responsabilisation et d’action aux survivantes et à leurs porte-paroles.
Ils ont donné lieux à d’importants outils de dénonciation, telle la ‘liste de la honte’ qui permet de dénoncer et faire honte aux personnes soupçonnées de manière crédible d’avoir commis des abus, et mis l’accent sur la nécessité de mettre en place des systèmes d’alerte et de prévention rapide.
« Les soldats de la paix sont désormais systématiquement formés pour détecter, décourager et dissuader la violence sexuelle dans le cadre de leur préparation opérationnelle. Les violences sexuelles font désormais partie intégrante des enquêtes criminelles internationales, grâce à un nombre croissant d’enquêtes criminelles internationales », a expliqué Mme Patten.
« Des cours de justice et des tribunaux militaires mobiles ont condamné des hauts fonctionnaires de violences sexuelles en RDC. Des critères de désignation spécifiques liés aux violences sexuelles ont été intégrés aux régimes de sanctions imposés en République centrafricaine, en RDC, en Libye, en Somalie, et au Soudan du Sud », a-t-elle ajouté.
Mme Patten a toutefois regretté la lenteur des progrès, signalant qu’il reste toujours beaucoup à faire.
« La réaction continue d’être douloureusement lente. L’impunité reste la règle et la justice l’exception rare. Les services sont rares. Et la stigmatisation est si intense que certains survivants choisissent de rester avec leurs ravisseurs et leurs agresseurs, plutôt que d’avoir à retourner auprès de leurs proches, les regarder dans les yeux et ressentir la honte de leur reproche. La politique de sécurité reste dominée par les hommes en dépit de preuves claires et convaincantes du lien entre l’égalité des sexes et la paix », a noté la Représentante spéciale.
Une réponse centrée sur les victimes
Au cours de son mandat, Mme Patten a fait des réponses axées sur les survivants et fondées sur les droits, ainsi que des solutions adaptées au contexte, la priorité de son mandat.
« Il s’agit de donner la parole et le choix aux survivants, en rétablissant leur autonomie, en renforçant leur résilience, et en inscrivant leur expérience dans les archives historiques », a précisé la Représentante spéciale. « La solidarité et l’empathie doivent conduire à l’action. C’est pourquoi nous donnons aujourd’hui officiellement le coup d’envoi du nouveau Fonds global pour les survivants ».
« Les réparations sont ce que les survivants veulent le plus et reçoivent le moins. A l’aube de cette nouvelle décennie pour ce mandat, le moment est venu de s’acquitter de ce qui a été demandé et de faire des survivants la priorité », a affirmé la défenseure des victimes de violences sexuelles liées aux conflits armés.
La violence sexuelle dans les conflits est considérée comme « le plus grand silence de l’histoire : le moins dénoncé, le moins condamné », a déploré la Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, Amina J. Mohammed, en prenant la parole. « La création de ce mandat il y a dix ans reflétait l’engagement de l’ONU à mettre en évidence, prévenir et demander justice pour ce crime ».
Selon elle, la création du mandat sur les violences sexuelles dans les conflits armés a également envoyé un « message clair » que la violence sexuelle en temps de conflit n’est « pas une conséquence inévitable de la guerre, mais une tactique de guerre et une horrible violation des droits de l’homme et du droit international ».
Elle a souligné qu’au cours de la dernière décennie, l’ONU a répondu aux demandes des victimes et des survivants en créant un cadre normatif mondial ainsi qu’en adoptant des résolutions du Conseil de sécurité et en établissant des mécanismes d’enquête, des cadres de présentation de rapports et le Bureau du Représentant spécial du Secrétaire général.
Elle s’est félicitée de l’approche axée sur les survivants adoptée par Mme Patten au cours de son mandat, depuis 2017.
Mme Mohammed a mis en avant les témoignages de nombreuses victimes de violences sexuelles. « Face à ces histoires, je me retrouve avec les mêmes questions que chacun d’entre vous, j’en suis sûr : qu’est-ce qui pousse un individu à une telle brutalité ? Comment se fait-il que la violence sexuelle continue d’être perpétrée en toute impunité ? Et comment pouvons-nous mieux prévenir le crime tout en répondant aux besoins à court et long terme des victimes ? », s’est interrogée la Vice-Secrétaire générale de l’ONU.
Elle a lancé un appel à l’action pour continuer à placer les victimes au cœur de la réponse et à mettre fin à la violence sexuelle dans les conflits. « Cela semble toujours impossible jusqu’à ce qu’on le fasse », a conclu Amina J. Mohammed, citant Nelson Mandela.