A l’ONU, l’appel pour la défense des langues autochtones ancestrales pour les générations futures

Année internationale des Langues, Peuples autochtones

Photo : ONU/Manuel Elias
Spectacle culturel par les danseurs du Kwakwaka lors du lancement de l’Année internationale des langues autochtones à l’ONU

Des centaines de langues ancestrales se sont tues au cours des dernières générations, emportant avec elles la culture, les connaissances et les traditions de leurs peuples. Afin de préserver et revitaliser celles toujours existantes, les Nations Unies ont officiellement lancé vendredi l’Année internationale des langues autochtones.
A la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, Kanen’tó:kon Hemlock, chef du clan Ours de la communauté Mohawk de Kahnawà:ke, a rendu hommage à la Terre nourricière.
« En tant que peuple autochtone, nos langues sont celles de la terre et ce sont ces langues que nous utilisons pour parler avec notre mère », a-t-il déclaré lors du lancement de l’Année internationale des langues autochtones, ajoutant que «la santé de nos langues est liée à la santé de la terre » qui est en train d’être exploitée.

« Nous perdons notre connexion et nos anciennes façons de connaître la terre lorsque nos langues se taisent », a-t-il expliqué, soulignant que « pour le bien des générations futures, nous devons nous assurer que ces dernières puissent parler le langage de nos ancêtres ».
La Présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, María Fernanda Espinosa Garcés, a souligné le lien étroit qui existe entre les langues autochtones et la culture et les connaissances ancestrales, affirmant que les premières sont bien plus que des outils de communication et qu’elles permettent également de transmettre l’héritage humain ».
« Chaque langue autochtone a une valeur inestimable pour l’humanité », a-t-elle déclaré, qualifiant chacune d’elle de « trésor chargé d’histoire, de valeurs, de littérature, de spiritualité, de perspectives et de connaissances développées et récoltées au cours du millénaire ».
« Quand une langue meurt », précise-t-elle, « elle emporte toute la mémoire qui y est liée ».
Les langues autochtones sont des symboles de l’identité de leur peuple, « des vecteurs de valeurs, de modes de vie et d’expressions de leurs liens avec la Terre », a dit la Présidente de l’Assemblée générale.
Les langues autochtones ouvrent également la porte à des pratiques et à des savoirs ancestraux, tels que l’agriculture, la biologie, l’astronomie, la médecine et la météorologie. Bien qu’il y existe encore 4.000 langues autochtones à travers le monde, beaucoup sont au bord de l’extinction.
« Cette Année internationale doit servir de plate-forme à partir de laquelle nous pouvons inverser la tendance alarmante d’extinction des langues autochtones », afin de les récupérer et de les préserver, notamment en mettant en place des systèmes éducatifs favorisant l’utilisation d’une langue maternelle, a déclaré Mme Espinosa.
Participant au lancement de l’Année internationale des langues autochtones, le Président de la Bolivie, Evo Morales, a abordé la question de la survie des peuples et des langues autochtones sous la contrainte de la colonisation.
« Aujourd’hui, nous venons ici après avoir survécu à l’ère coloniale qui a tenté de mettre nos aînés à genoux et de les écraser sous le poids de l’injustice », a-t-il déclaré.
M. Morales a appelé les personnes présentes à collaborer à travers le dialogue afin de promouvoir des politiques qui aident à préserver les vies, les identités, les valeurs et les cultures des peuples autochtones.
On compte aujourd’hui 770 millions d’autochtones dans 90 pays. Ils représentent 6% de la population mondiale et vivent dans diverses régions riches en biodiversité, a déclaré le président bolivien. Et pourtant, la « cupidité capitaliste » les a laissés parmi les 15% les plus pauvres de la population de la planète, a-t-il déclaré.
Avertissant que la cupidité poussait à annexer encore plus de ressources indigènes, M. Morales a déclaré qu’il existait un « silence criminel » de la part des dirigeants mondiaux « lorsqu’il s’agissait de dénoncer ces phénomènes », soulignant l’hypocrisie de faire la morale aux peuples autochtones sur la démocratie et les droits de l’homme, tout écrasant l’identité de leur communauté et en supprimant les langues au risque de les voir disparaître.
« La langue, c’est la culture, la langue est l’expression d’une cosmovision et c’est une façon de voir le monde », a déclaré le chef d’Etat bolivien. « Si les langues disparaissent… les souvenirs qu’elles portent disparaîtront de même que les personnes qui les parlent ».
Encourageant tout le monde à « préserver le savoir et la sagesse de nos ancêtres », M. Morales a plaidé pour l’instauration d’un nouveau paradigme, fruit des peuples autochtones et « défenseur de la Terre nourricière ».