COP 24 : à Katowice, les Etats approuvent les règles de mise en œuvre concrète de l’Accord de Paris

COP24-Changement climatique-Action pour le climat

CCNUCC/James Dowson
Séance plénière de clôture de la COP24 à Katowice, en Pologne, le 16 décembre 2018. La conférence de l’ONU sur le climat s’est conclue sur un accord concernant les règles d’application de l’Accord de Paris sur le climat

Après deux semaines de négociations intenses, les 197 parties réunies à Katowice (Pologne) pour la Conférence de l’ONU sur le climat, (COP24) ont adopté samedi un ensemble « robuste » de règles d’application de l’Accord de Paris de 2015, visant à maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 ° C par rapport aux niveaux préindustriels.
Après plusieurs nuits blanches, les acclamations et applaudissements ont accueilli samedi soir le Président de la COP24, Michal Kurtyka, à l’ouverture de la séance plénière de clôture de la conférence. Une clôture qui avait été reportée près d’une douzaine de fois. Le Secrétaire d’Etat polonais à l’environnement a remercié les centaines de délégués présents dans la salle pour leur « patience », notant que la dernière nuit « a été une longue nuit ». Les rires ont suivi lorsque les écrans géants de la salle ont montré un délégué bâillant sans réserve.

« Katowice a montré une fois de plus la résilience de l’Accord de Paris – notre feuille de route solide pour l’action en faveur du climat », a déclaré Patricia Espinosa, la Secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) qui s’exprimait au nom du chef de l’ONU, António Guterres.
M. Guterres, qui a fait de la lutte contre les effets du changement climatique l’une des priorités de son mandat, s’est rendu à trois reprises à Katowice au cours des deux dernières semaines pour soutenir les négociations, mais a été contraint de partir avant la plénière de clôture, en raison d’engagements antérieurs.
Le paquet de directives adopté -appelé rulebook dans le jargon des négociations – est conçu pour encourager une plus grande ambition d’action en faveur du climat et doit bénéficier aux personnes de tous les horizons, en particulier les plus vulnérables.
Les questions de la confiance et du financement.
L’un des éléments clés du « paquet de Katowice » est un cadre de transparence détaillé, destiné à promouvoir la confiance entre les pays. Il reconnaît que tous contribuent tous à la lutte contre le changement climatique. Il explique comment les pays transmettrons des informations sur leurs plans d’action nationaux, y compris la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ainsi que sur les mesures d’atténuation et d’adaptation.
A Katowice, un accord a été conclu sur la manière de comptabiliser de manière uniforme les émissions de gaz à effet de serre et, si les pays les plus pauvres estiment qu’ils ne peuvent pas respecter les normes, ils peuvent expliquer pourquoi et présenter un plan pour renforcer leurs capacités à cet égard.
Sur l’épineuse question du financement des pays développés en appui à l’action pour le climat dans les pays en développement, le document définit la manière de décider de nouveaux objectifs plus ambitieux à partir de 2025, à partir de l’engagement actuel de mobiliser 100 milliards de dollars par an à partir de 2020.
Autre résultat notable de ces négociations : les pays se sont mis d’accord sur la manière d’évaluer collectivement l’efficacité de la lutte contre le changement climatique en 2023 et sur la manière de surveiller et de rendre compte des progrès accomplis en matière de développement et de transfert de technologies.
« Les directives que les délégations ont élaborées jour et nuit sont équilibrées et reflètent clairement la manière dont les responsabilités sont réparties entre les nations du monde », a déclaré Mme Espinosa dans un communiqué de presse. « Elles intègrent le fait que les pays ont des capacités et des réalités économiques et sociales différentes chez eux, tout en constituant le fondement d’une ambition sans cesse croissante ».
« Si certains détails devront être finalisés et améliorés au fil du temps, le système est en grande partie en place », a-t-elle ajouté.
Divergences sur les mécanismes de marché
A Katowice, les négociations ont buté sur une question clé : « l’article 6 » qui a attrait aux « mécanismes de marché » qui permettent aux pays d’atteindre une partie de leurs objectifs d’atténuation nationaux.
Via par exemple, les « marchés d’émissions de CO2 » les pays les moins pollueurs peuvent revendre des quotas à ceux qui émettent plus. L’Accord de Paris reconnaît la nécessité de règles mondiales en la matière afin de préserver l’intégrité des efforts de tous les pays et de garantir que chaque tonne d’émissions rejetée dans l’atmosphère soit comptabilisée.
« Dès le début de la COP, cette question est clairement apparue comme celle qui nécessitait encore beaucoup de travail et que les détails nécessaires à la mise en œuvre de cette partie de l’Accord de Paris n’avaient pas encore été suffisamment explorés », a expliqué Mme Espinosa.
La cheffe de la CCNUCC a fait remarquer que la majorité des pays étaient disposés à accepter et à inclure les lignes directrices sur les mécanismes de marché, mais que « malheureusement, les différences n’ont finalement pas pu être surmontées ».
La question des mécanismes de marché sera de nouveau sur la table lors de la prochaine conférence de l’ONU sur le climat (COP25) qui se tiendra au Chili l’année prochaine.
Autres réalisations clés de la COP24
Outre les négociations politiques entre les États sur les orientations de l’Accord de Paris, au cours des deux dernières semaines à Katowice, les couloirs de la COP24 ont été animés par près de 28.000 participants qui ont eu des échanges animés, partagé des idées novatrices, assisté à des manifestations culturelles et construit des partenariats pour des efforts et collaborations intersectoriels.
De nombreuses annonces encourageantes ont été faites, notamment en ce qui concerne les engagements financiers en faveur de la lutte contre le changement climatique. L’Allemagne et la Norvège se sont ainsi engagées à doubler leurs contributions au Fonds vert pour le climat, créé pour permettre aux pays en développement d’agir. La Banque mondiale a également annoncé que son engagement en faveur de l’action pour le climat passera à 200 milliards de dollars après 2021. De son côté, le Fonds d’adaptation au climat a reçu une contribution totale de 129 millions de dollars.
L’ensemble du secteur privé a fait preuve d’un engagement remarquable à la COP24. Parmi les nombreux engagements et actions concrètes prises à Katowice, on retiendra celle du monde sportif et de l’industrie de la mode. Les deux secteurs, importants contributeurs en émission de Co2 ont respectivement lancé le Cadre d’action climatique dans le sport et la Charte de l’industrie de la mode pour l’action en faveur du climat dans lesquels ils aligneront leurs pratiques opérationnelles et commerciales sur les objectifs de l’Accord de Paris.
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A la clôture de la COP24, le chef de l’ONU a affiché ses cinq priorités : « ambition, ambition, ambition, ambition et ambition ».
« Ambition en atténuation. Ambition en adaptation. Ambition en finance. Ambition dans la coopération technique et le renforcement des capacités. Ambition dans l’innovation technologique », a-t-il dit dans une anaphore lue par Mme Espinosa lors de la cérémonie de clôture.
Ambition. C’est le mot d’ordre du Secrétaire général qui organisera un sommet sur le climat le 23 septembre au siège de l’ONU à New York au début de la 74e Assemblée générale afin de susciter la participation des gouvernements aux plus hauts niveaux.