L’aide aux réfugiés menacée par un sous-financement massif des opérations du HCR

Réfugiés-HCR

Photo HCR/Sebastian Rich
Une réfugiée du Burundi, Perrie, a fui son domicile avec ses trois enfants, et a trouvé refuge dans le camp en Tanzanie.

Les fonds destinés aux 68,5 millions de personnes déplacées de force et apatrides dans le monde sont de plus en plus limités, à peine plus de la moitié des besoins étant satisfaits, selon un nouveau rapport publié ce mardi par le Service des relations avec les donateurs et de la mobilisation des ressources de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).
Ce rapport montre que sur la base des contributions reçues à ce jour, le financement de cette année couvrira à peine 55% des 8,2 milliards de dollars nécessaires

En comparaison, ce pourcentage était de 56,6% en 2017 et à 58% en 2016. « Les financements des donateurs sont de plus en plus à la traîne alors que le nombre de personnes déplacées de force augmente dans le monde », a déclaré un porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR). « Et les conséquences pour les réfugiés et les personnes déplacées internes sont indéniables », a ajouté Babar Baloch.
En effet, le HCR constate une augmentation des cas de malnutrition, mais aussi des établissements de santé surpeuplés, des logements et des abris de plus en plus délabrés, des enfants placés dans des salles de classe surpeuplées ou totalement privés d’école, ainsi que des risques de protection grandissants en raison du manque de personnel pour faire face aux enfants non accompagnés ou des femmes victimes de violence sexuelle.
Six situations de réfugiés et de déplacements dans le monde sont particulièrement touchées. Il s’agit notamment des opérations en Afghanistan, en Syrie, mais aussi sur le continent africain avec les situations en République démocratique du Congo, au Soudan du Sud, en Somalie et au Burundi.
L’appel de fonds pour les réfugiés burundais reste le moins bien financé de toutes les opérations du HCR. À l’heure actuelle, 28% seulement des 206 millions de dollars américain nécessaires ont été reçus.
Or l’impact sur les 400.000 réfugiés dans les pays voisins est visible et tendu. Par exemple, en Tanzanie, en Ouganda ou au Rwanda, les coupes dans les rations alimentaires privent les réfugiés burundais de vivres suffisants pour nourrir les familles. Les camps de réfugiés sont dans des conditions désespérées, les centres de santé ont du mal à faire face au nombre important de patients, les salles de classe sont surpeuplées et la capacité d’aider les enfants non accompagnés et les victimes de violences sexuelles est très limitée.
En République démocratique du Congo (RDC) touchée par le conflit, ainsi que dans les pays accueillant des réfugiés congolais, sur un total de 369 millions de dollars nécessaires à ses programmes et à ceux de ses partenaires, le HCR n’a reçu que 31% à ce jour.
Ce déficit de financement affecte la capacité des humanitaires à organiser des activités de subsistance, en particulier pour les jeunes, et à l’accès des réfugiés à l’éducation et à la santé. « Dans les pays d’asile qui accueillent près de 800.000 réfugiés congolais, les installations et les camps arrivent à saturation mais dans le même temps, ils doivent encore accueillir de nouveaux réfugiés », fait remarquer Babar Baloch.
Les normes minimales en matière de distribution de nourriture, de nutrition, de santé et d’autres besoins de base sont souvent difficiles à satisfaire. Pour le HCR, un financement urgent est également nécessaire en RDC pour décongestionner les camps de déplacés et les sites destinés à enrayer la propagation des maladies transmissibles.
Des taux élevés de malnutrition aiguë globale chez les réfugiés sud-soudanais
Au Soudan du Sud, le conflit en cours a contraint quelque 2,4 millions de personnes à devenir des réfugiés, tandis que deux autres millions sont déplacées à l’intérieur du pays. Dans ce pays, le HCR n’a reçu que 33 % sur l’appel de fonds de 783 millions de dollars.
Sans fonds suffisants, l’approvisionnement alimentaire pour les réfugiés risque d’être fréquemment interrompu. « Des taux élevés de malnutrition aiguë globale et de malnutrition aiguë sévère sont signalés dans les pays d’asile, ce qui aggrave les problèmes de protection auxquels étaient confrontés les réfugiés sud-soudanais avant leur fuite, en particulier pour les femmes, les enfants et les jeunes », regrette le porte-parole du HCR.
L’autre opération sous financée sur le continent africain concerne le sort d’un million de réfugiés somaliens accueillis dans six pays ainsi que la situation deux autres millions qui sont déplacés à l’intérieur du pays. A ce jour, le HCR n’a reçu que 37% sur les 522 millions de dollars destinés à la situation en Somalie.
« Après des décennies de conflit, les Somaliens ont enregistré quelques progrès, mais la situation reste fragile et Mogadiscio a besoin d’un soutien constant », avertit le HCR. « Ne pas aider les réfugiés et les communautés hôtes risque de détériorer les conditions humanitaires, de donner l’impression que les communautés hôtes sont peu soutenues et pourrait précipiter les retours avant que le gouvernement somalien ne soit prêt à les accueillir et à les absorber », a déclaré Babar Baloch.
Les réfugiés et déplacés internes syriens directement touchés par ce déficit de financement
En Afghanistan, alors que le conflit entre dans sa quatrième décennie, quelque 2,4 millions de réfugiés Afghans vivent encore au Pakistan et en Iran, pays voisins, et environ 1,9 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays. Les ressources nécessaires pour ces trois opérations du HCR en 2018 sont financées à 32%, sur un financement de 304 millions de dollars.
Ainsi , au Pakistan, qui accueille environ 1,4 million de réfugiés afghans, le manque de financement affecte l’enseignement primaire gratuit à 57.000 enfants réfugiés ainsi que les services de santé de base dans 54 villages de réfugiés. Selon le HCR, un manque d’accès aux services sociaux, tels que la santé et l’éducation, et des possibilités réduites de formation aux moyens de subsistance risquent de forcer les réfugiés à partir.
Au Moyen-Orient, près de 5,6 millions de réfugiés syriens dans la région et 6,2 millions de déplacés internes sont directement touchés par ce déficit de financement. L’appel de fonds de 1,968 milliard de dollars n’est actuellement financé qu’à hauteur de 35%.
Dans ces conditions, il y a une augmentation de l’accès aux soins de base, notamment la vaccination des enfants. « Des ressources sont nécessaires pour fournir des soins de santé à quelque 35.000 réfugiés syriens vulnérables dans la région, en particulier en Jordanie et au Liban », conclut le HCR.