Le maintien de la paix face à de nouveaux défis : ce qu’il faut faire pour les relever Par Jean-Pierre Lacroix

Le maintien de la paix des Nations Unies reste l’un des outils les plus efficaces pour répondre aux défis actuels de la paix et de la sécurité mondiales. Chaque jour, des femmes et des hommes qui servent sous le drapeau de l’ONU mettent leur vie en péril pour protéger des millions de civils en danger, appuyer des processus politiques fragiles et soutenir la paix. Ils ont réussi à aider des pays comme le Libéria et la Côte d’Ivoire à retrouver la paix.

Les opérations de maintien de la paix de l’ONU font face à des défis de plus en plus sérieux, notamment des attaques contre nos Casques bleus, des mandats complexes et un soutien politique inégal. Le maintien de la paix est essentiellement une entreprise collective : un partenariat.

Celui-ci ne fonctionne que si tous les partenaires se mobilisent et apportent leur contribution : le Conseil de sécurité, les pays contributeurs de troupes et de police, le Secrétariat de l’ONU, les organisations régionales et les pays hôtes. Nous avons besoin d’une action collective forte si nous voulons réussir à relever ces défis.

C’est pourquoi le 28 mars, le Secrétaire général a lancé l’initiative Action pour le maintien de la paix (A4P) afin de renforcer l’engagement de tous ces partenaires et de nous aider à réussir sur le terrain, là où c’est le plus important.

Débat de haut niveau du Conseil de sécurité sur l’action collective visant à améliorer les opérations de maintien de la paix des Nations Unies, 28 mars.

À l’issue de consultations intensives avec tous les États Membres et avec des organisations intergouvernementales, le Secrétaire général a présenté un document d’engagements communs à tous les États Membres pour approbation.

Cette Déclaration énonce un certain nombre d’engagements mutuels visant à améliorer concrètement l’impact et l’efficacité de nos opérations : un soutien accru aux efforts politiques, un engagement plus fort pour améliorer la formation, l’équipement et la performance et des partenariats plus solides.

Le Chef du maintien de la paix des Nations Unies, Jean Pierre Lacroix, sur l’Action pour le maintien de la paix.

Pour notre part, nous avons déjà commencé à mettre en œuvre un certain nombre d’actions en mettant en œuvre notre Plan d’action sur la sécurité et la sûreté des forces de maintien de la paix de l’ONU. Celles-ci concernent l’amélioration de la performance et de la mentalité des Casques bleus ainsi que l’appui qui leur est fourni.

Beaucoup de travail reste à faire, mais nous constatons déjà les effets de nos efforts collectifs.

Dix-sept soldats de la paix ont perdu la vie à la suite d’actes de violence cette année, contre 26 durant la même période l’année dernière. Bien que cela représente une diminution significative, nous devons rester vigilants car les menaces persistent. Chaque mort est une mort de trop.

En 2017, le camp de la MINUSMA à Kidal, au Mali, a été la cible de tirs de roquettes et de mortiers intensifs. Cinq membres du personnel ont été blessés. Peu après, une attaque contre des Casques bleus à l’extérieur du camp a fait trois morts et trois blessés parmi eux. Photo ONU / Sylvain Liechti

Dans nombre de nos missions, les Casques bleus répondent de manière plus efficace aux menaces et aux attaques.

Je suis récemment rentré du Mali où j’ai pu constater les changements positifs que la MINUSMA a apportés. Beaucoup de nos camps sont mieux protégés grâce à l’utilisation de systèmes plus avancés de détection des menaces. Nos Casques bleus dans des localités comme Aguelhok et Tessalit mènent plus de patrouilles en dépit des menaces pour protéger les populations. Changer l’état d’esprit et améliorer la préparation des contingents permet de limiter les pertes en vies humaines lors d’attaques. La riposte décisive de nos Casques bleus à une attaque contre leur base à Tombouctou en avril dernier en fut la preuve.

Nous avons également entrepris une série d’études indépendantes sur les missions de maintien de la paix afin d’évaluer les mandats et de déterminer si nous avons les stratégies et les ressources appropriées pour atteindre nos objectifs.

Nous renforçons la coopération avec des partenaires clés comme l’Union africaine et l’Union européenne. Nous sommes déterminés à poursuivre ces initiatives mais le maintien de la paix des Nations Unies ne peut réussir sans l’engagement de tous nos partenaires.

Renforcer le maintien de la paix signifie aussi aider les pays qui nous fournissent des troupes et des policiers. Il s’agit notamment de répondre aux besoins en formation et de s’assurer que les personnels déployés sont équipés et préparés pour accomplir leurs tâches.

De même, les États Membres jouent un rôle essentiel dans nos efforts visant à accroître le nombre de femmes dans le maintien de la paix à tous les niveaux. Plus de femmes dans le maintien de la paix signifie un maintien de la paix plus efficace. Les femmes ne représentent que 21% de notre personnel et nous devons collectivement faire mieux.

La MINUL a été la première opération de maintien de la paix des Nations Unies à être dotée d’un contingent exclusivement féminin. Les policières indiennes ont servi de modèles pour les femmes et les filles du Libéria, entraînant une multiplication par quatre du nombre de femmes libériennes qui se sont portées candidates aux concours de recrutement de la police. Photo ONU / Christopher Herwig

Veiller à ce que tous les membres du personnel des Nations Unies respectent les normes de conduite les plus élevées doit être au cœur de nos efforts collectifs. Ces dernières années, nous avons fait davantage pour renforcer la responsabilité et la transparence, sensibiliser et apporter une meilleure assistance aux victimes. Cependant, nous devons redoubler nos efforts et ce, de manière rapprochée avec les États Membres qui seuls ont l’autorité nécessaire pour assurer la responsabilité criminelle de toutes les catégories de personnel.

Nous sommes déterminés à jouer pleinement notre rôle pour renforcer le maintien de la paix. La Déclaration d’engagements communs que plus de 140 pays ont déjà signée (et qui reste ouverte à d’autres adhésions) est une première étape importante et significative. Mais nous devons maintenant collectivement les mettre en œuvre sur le terrain où cela compte le plus et où les populations attendent le plus de nous.

Les opérations de maintien de la paix se déploient dans les circonstances les plus complexes et les plus difficiles, pour protéger les plus vulnérables. Pour des centaines de millions de personnes, les Casques bleus sont le dernier espoir. Ils ont besoin de tout notre soutien.

L’auteur est le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l’ONU.