70 ans après ses débuts, le maintien de la paix de l’ONU opère dans des environnements toujours aussi difficiles

Photo: ONU/Sylvain Liechti
La MINUSMA est sous la menace constante – ayant perdu 160 vies depuis sa création. Ci-dessus, le contingent guinéen de la MINUSMA a installé des positions sur les hauteurs autour de Kidal pour empêcher les terroristes de bombarder leur camp en 2016.

Avant de se rendre ce mardi au Mali pour passer la Journée des Casques bleus avec le personnel de la MINUSMA, António Guterres a souligné sa détermination à rendre plus sûr et plus efficace le maintien de la paix de l’ONU qui fête cette année son 70e anniversaire.
70 ans se sont écoulés depuis la naissance de la première opération de maintien de la paix onusienne: l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve au Moyen-Orient (ONUST). Le 29 mai 1948, le Conseil de sécurité des Nations Unies a autorisé le déploiement d’un petit nombre d’observateurs militaires au Moyen-Orient afin de veiller au respect des accords d’armistice entre Israël et les régions arabes avoisinantes.

« En ce 70e anniversaire, nous exprimons notre reconnaissance au plus d’un million de femmes et d’hommes qui ont servi sous la bannière des Nations Unies et sauvé ainsi d’innombrables vies », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dans un message publié pour la Journée.
Durant sept décennies, plus d’un million d’hommes et de femmes ont servi sous le drapeau des Nations Unies dans 71 opérations de maintien de la paix. Leur service a eu des répercussions directes sur la vie de centaines de millions de personnes, protégeant les plus vulnérables dans le monde et sauvant d’innombrables vies.
70 ans après le déploiement de sa première opération de maintien de la paix, l’ONU compte aujourd’hui plus de 100.000 militaires, policiers et civils déployés dans 14 opérations sur quatre continents et œuvrant 24 heures sur 24 à protéger les populations et à faire avancer la cause de la paix.
124 États membres fournissent actuellement des contributions en contingents militaires et de police aux missions de maintien de la paix des Nations Unies ainsi que du matériel essentiel à la durabilité de ses opérations.
La majorité des missions de maintien de la paix en Afrique
De la Sierra Leone au Cambodge, en passant par le Timor-Leste, la Namibie, El Salvador et ailleurs, les Casques bleus aident les pays dans leur transition de la guerre à la paix aux quatre coins du monde.
Actuellement, la majorité des missions de maintien de la paix (sept) sont situés sur le continent africain.
En mars dernier, la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL) s’est acquittée de son mandat avec succès, devenant ainsi la 57e opération de maintien de la paix réussie. L’achèvement de cette Mission après celles en Côte d’Ivoire (ONUCI entre 2004 et 2017) et en Sierra Leone (MONUSIL 1998-1999, puis MINUSIL 1999-2005) met aussi fin à plus de deux décennies d’opérations de maintien de la paix, en Afrique de l’Ouest.
Une bonne prise en compte du contexte linguistique est également important dans la conduite efficace du maintien de la paix. Sur les 14 missions de maintien de la paix en cours, quatre d’entre elles opèrent dans des environnements francophones : MINUJUSTH en Haïti, MINUSMA au Mali, MINUSCA en République centrafricaine, et MONUSCO en République démocratique du Congo.
Plus de 3.700 Casques bleus ont perdu la vie au service de la paix
70 ans après sa création, le maintien de la paix de l’ONU demeure une mission dangereuse. Les Casques bleus font d’énormes sacrifices et s’exposent souvent à de grands risques personnels et à des conditions difficiles.
Au cours des 70 dernières années, plus de 3.700 Casques bleus ont perdu la vie au service du drapeau des Nations Unies, dont 129 hommes et femmes en 2017.
Cette année, le Secrétaire général des Nations Unies a choisi de commémorer la Journée internationale des Casques bleus des Nations Unies au Mali qui est confronté à une instabilité dans sa partie nord. La MINUSMA est la mission onusienne la plus meurtrière depuis quatre ans. Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, M. Guterres entend témoigner sa solidarité aux membres du personnel des Nations Unies « qui font face à de lourdes pertes et à une instabilité extrême ».
« Tout en saluant l’héritage laissé par ceux qui, dans le monde entier, ont placé leur vie sous le signe du service et du sacrifice, je tiens à dire combien je suis déterminé à prendre des mesures en faveur du maintien de la paix, des mesures qui visent à rendre nos opérations plus sûres et plus efficaces dans les conditions difficiles qui prévalent aujourd’hui », a dit le chef de l’ONU.
Le Secrétaire général a également réaffirmé la détermination des Nations Unies à renforcer le rôle que ses forces ont à jouer dans la promotion des droits de l’homme et la lutte contre l’exploitation et les atteintes sexuelles.
Seulement moins de 0,5% des dépenses militaires mondiales
Les opérations de maintien de la paix des Nations Unies sont des instruments souples et évolutifs qui rassemblent et mettent à disposition des outils politiques, techniques et relatifs à la sécurité afin d’aider les pays à effectuer la difficile transition du conflit vers la paix.
« Les opérations de maintien de la paix des Nations Unies constituent un investissement efficace en faveur de la paix, de la sécurité et de la prospérité mondiales », a rappelé M. Guterres.
Malgré l’envergure de ces opérations, le budget du maintien de la paix représente un peu moins de 7 milliards de dollars par an, soit moins de 0,5% des dépenses militaires mondiales.
En mars dernier, le Secrétaire général a lancé une nouvelle initiative intitulée « Action pour le maintien de la paix » qui vise à améliorer les performances et à s’assurer que les opérations de maintien de la paix sont adaptées pour faire face au théâtre des opérations toujours plus complexes et dangereuses.
L’initiative fait appel aux États membres, au Conseil de sécurité et aux pays qui fournissent des contingents militaires et de police en vue de recentrer le maintien de la paix sur des attentes réalistes, de mobiliser davantage de soutien pour des solutions politiques et de rendre les missions de maintien de la paix plus fortes et plus sûres grâce au déploiement de forces bien équipées et bien entraînées. L’initiative vise également à déployer plus de femmes dans ses opérations.
Pour le Secrétaire général, il est du devoir de l’ensemble de la communauté internationale de « faire tout notre possible » afin que la mission du maintien de la paix « soit couronnée de succès ».