Changement climatique : le chef de l’ONU appelle à nouvelle révolution énergétique porteuse de solutions

Photo Dana Smillie/Banque mondiale
La centrale thermo-solaire d’Ain Beni Mathar au Maroc (archives).

Lors d’un sommet organisé par l’Autriche, le Secrétaire général des Nations Unies a mis en garde mardi contre la « menace existentielle » que représente le changement climatique et appelé à une « ambition accrue » pour mettre en œuvre l’Accord de Paris.
« C’est une question de la plus haute priorité. Chaque jour, je suis confronté aux défis de notre monde troublé et complexe. Mais aucun d’entre eux n’est aussi grand que le changement climatique », a dit António Guterres lors de ce sommet organisé à Vienne. « Si nous ne parvenons pas à relever ce défi, tous nos autres défis deviendront simplement plus grands et menaceront de nous engloutir ».

« Le changement climatique est, tout simplement, une menace existentielle pour la plupart de la vie sur la planète – y compris, et surtout, la vie de l’humanité », a souligné le Secrétaire général. « Comme l’a déclaré le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat : ‘Plus nous perturbons notre climat, plus nous risquons de subir des impacts graves, omniprésents et irréversibles’. Mais ce n’est pas obligé d’être ainsi ».
L’objectif de l’Accord de Paris est de limiter la hausse de la température bien au-dessous de 2 degrés Celsius, et aussi près que possible de 1,5 degré. « Pour cela, nous avons besoin de leadership et d’innovation », a dit M. Guterres. « Les deux sont essentiels pour l’action climatique ».
« Un grand nombre de solutions existent »
Dans la capitale autrichienne, le chef de l’ONU a plaidé en faveur d’une nouvelle révolution énergétique. « L’âge de pierre n’a pas pris fin parce que nous avons manqué de pierres. Nous n’avons pas besoin d’attendre que le charbon et le pétrole s’épuisent pour mettre fin à l’âge des combustibles fossiles », a-t-il dit, soulignant qu’un grand nombre de solutions existent déjà ou sont en cours de développement.
Au cours de la dernière décennie, les prix des énergies renouvelables ont chuté et les investissements sont en hausse. Aujourd’hui, un cinquième de l’électricité mondiale est produite à partir d’énergies renouvelables. « Nous devons construire sur cela », a dit M. Guterres qui a énuméré plusieurs exemples sources d’inspiration.
Le Maroc construit ainsi une ferme solaire de la taille de la ville de Paris qui alimentera plus d’un million de foyers d’ici 2020. En juillet dernier, la Chine a dépassé son objectif fixé initialement pour 2020 de 105 gigawatts de capacité solaire photovoltaïque – ce qui représente près d’un tiers de la capacité mondiale existante.
En France, le gouvernement a annoncé un projet de loi visant à mettre fin à la recherche et à la production d’hydrocarbures, tandis qu’aux États-Unis, les énergies renouvelables devraient fournir 69% des nouvelles capacités d’ici 2021, alors que des dizaines de centrales au charbon sont mises hors service.
La semaine dernière, le groupe international d’assurance Allianz a annoncé qu’il refuserait de couvrir les centrales électriques au charbon et les mines de charbon avec effet immédiat et se débarrasserait de tous les risques liés au charbon.
L’énergie propre est moins chère et bénéfique pour la santé
Alors que le monde connait une vague d’action climatique, le chef de l’ONU a souligné que l’énergie propre a du sens d’un point de vue climatique mais aussi économique. « Aujourd’hui c’est l’énergie la moins chère », a-t-il dit.
M. Guterres a également rappelé une évidence : une énergie propre « apportera des avantages significatifs pour la santé ».
La pollution de l’air ne connait pas de frontières et affecte la quasi-totalité de la population mondiale. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rapporte que plus de 80% des habitants des zones urbaines sont exposés à une qualité de l’air médiocre et dangereuse.
Le chef de l’ONU a indiqué qu’en Chine, on estime que moins de décès imputables à l’amélioration de la qualité de l’air pourraient permettre d’économiser près de 340 milliards de dollars d’ici 2030, soit quatre fois le coût de la réalisation des objectifs climatiques de la Chine.
Impliquer le monde de la finance et la gouvernance locale
A Vienne, le chef de l’ONU a souligné que l’action climatique ne pouvait se faire sans le leadership du monde de la finance et de l’investissement et des gouvernements locaux, régionaux et nationaux « qui décideront des grands plans d’infrastructure au cours des prochaines années ».
« Les investissements dans les infrastructures propres et vertes doivent être intensifiés à l’échelle mondiale », a dit le Secrétaire général qui a encouragé les dirigeants du secteur privé à annoncer dès aujourd’hui de nouvelles sources de financement pour des projets d’énergie propre.
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les investissements dans l’électricité renouvelable se sont élevés à 242 milliards de dollars l’an dernier, soit plus de la moitié de ce qui a été investi dans le développement de nouveaux combustibles fossiles. « Ce chiffre est prometteur, mais reste insuffisant. Pour une transition à grande échelle vers une énergie propre, nous devons voir des milliards investis d’ici 2020 », a dit M. Guterres.
Le Sommet mondial autrichien accorde une importante réflexion sur le financement de l’action climatique au niveau local. Le chef de l’ONU a cité en exemple les villes de Toronto, au Canada, et du Cap, en Afrique du Sud, qui ont lancé leurs propres obligations vertes. « Mobiliser et équiper les gouvernements locaux avec la capacité et le financement pour accélérer l’action climatique est nécessaire si nous voulons infléchir la courbe des émissions », a-t-il dit.
Pour M. Guterres, il faut forger des partenariats qui investiront dans des infrastructures résilientes à faibles émissions combustibles fossiles. « Nous devons faire cela des grandes villes aux plus petites villes. Les opportunités sont énormes », a-t-il dit alors qu’environ 75% des infrastructures nécessaires d’ici à 2050 doivent encore être construites.
Pour le chef de l’ONU, « il n’y a qu’un seul choix rationnel » : investir dans l’action climatique. « Une course où il n’y a que des gagnants ».