Pour appuyer la Force conjointe des États du G5 Sahel, le Conseil de sécurité propose un accord technique avec l’ONU et l’Union européenne, via la MINUSMA

Par la résolution 2391 (2017), adoptée à l’unanimité le 08 décembre 2017, et soumise par la France, le Conseil de sécurité demande au Secrétaire général de prendre les dispositions nécessaires pour conclure dès que possible un « accord technique » entre l’ONU, l’Union européenne et les États du G5 Sahel, en vue de fournir, par l’intermédiaire de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), un appui opérationnel et logistique spécial à la Force conjointe du G5 Sahel.
La France a salué une résolution qui marque un véritable « bond en avant » du Conseil de sécurité sur la question de la paix et de la sécurité dans la région. La résolution a été appuyée par la Mauritanie et le Mali qui ont toutefois considéré que le soutien de l’ONU aurait pu être « plus large ».
Créée en début d’année par les États du G5 Sahel, à savoir le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, en vue de lutter contre le terrorisme et les réseaux criminels transnationaux, la Force conjointe, qui a été saluée par la résolution 2359 (2017) il y a six mois, compte des effectifs en personnel militaire et personnel de police pouvant aller jusqu’à 5 000 personnes.
Par ce texte, le Conseil précise que « l’appui ne serait accordé aux forces de défense et de sécurité des États du G5 Sahel que lorsqu’elles interviennent sur le territoire malien dans le cadre de la Force conjointe ». Cet appui prévoirait des évacuations sanitaires ainsi que l’accès aux articles consommables essentiels (carburant, eau et rations), l’utilisation d’engins de levage et de terrassement et de matériel de génie de l’ONU, et d’unités de génie en uniforme de la MINUSMA pour aider à préparer les bases opérationnelles de la Force conjointe au Mali.
L’ONU devrait être « pleinement remboursée » au moyen d’un dispositif de financement coordonné par l’Union européenne aux fins de la coordination des contributions volontaires internationales à l’appui de la Force conjointe, peut-on lire dans la résolution. De plus, le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Mali et Chef de la MINUSMA « peut décider ou non », en étroite coordination avec le Commandant de la Force d’accorder cet appui, « du moment que cela ne remette pas en question la capacité de la MINUSMA de s’acquitter de son mandat ».
Le Conseil souligne par ailleurs que les opérations de la Force conjointe doivent être menées « dans le plein respect du droit international, notamment du droit international humanitaire, du droit international des droits de l’homme et du droit international des réfugiés ».
Dans cet esprit, le Secrétaire général est prié de veiller à ce que tout appui fourni à des forces de sécurité non onusiennes soit « strictement conforme à la politique de diligence voulue en matière de droits de l’homme, et demande à la Force conjointe de coopérer avec l’ONU pour appliquer cette politique.
Enfin, le Conseil de sécurité invite le Secrétaire général à lui faire rapport sur les activités de la Force conjointe, cinq mois après l’adoption de la présente résolution, puis tous les six mois.
« La résolution que nous venons d’adopter ne se borne pas à créer un lien opérationnel entre la Force conjointe du G5 Sahel et la MINUSMA », a expliqué le représentant de la France. Elle entérine la détermination des pays du G5 Sahel à unir leurs efforts de lutte contre la menace terroriste et appelle chacun à prendre ses responsabilités pour que la Force conjointe atteigne au plus tôt sa pleine capacité opérationnelle. Pour lui, « l’accord technique » constitue « un tremplin » pour progresser. « Il s’agit d’une opportunité que nous ne devons pas rater », a-t-il lancé.
Son homologue des États-Unis a salué « la créativité et l’innovation de cette résolution qui laisse voir ce qu’il est possible de faire à l’échelle internationale pour la résolution des conflits ».
D’après le représentant du Mali, le G5 Sahel aurait souhaité obtenir un mandat « beaucoup plus robuste et placé sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies », ainsi qu’un « soutien plus large de l’ONU » en termes de communication et d’équipements, une extension de l’appui à la MINUSMA à l’ensemble des fuseaux de déploiement de la Force conjointe (centre, est et ouest) et un financement prévisible et durable de cette force, « y compris à travers les Nations Unies ».
La Mauritanie a insisté sur la nécessité d’assurer à la Force conjointe un financement adéquat et pérenne, de 423 millions d’euros au départ et de 115 millions d’euros par an par la suite, et de veiller à ce que la Force effectue des offensives sur toute la bande sahélo-saharienne.
Plusieurs délégations ont aussi rappelé l’importance de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali pour assurer la paix et la sécurité durables dans la région du Sahel.
En début de séance, le Conseil a observé une minute de silence à la mémoire des 14 Casques bleus tanzaniens tués hier dans une attaque en République démocratique du Congo (RPDC).