A Genève, l’ONU lance un appel humanitaire record de 22,5 milliards de dollars pour 2018

Des femmes et des enfants déplacés dans un centre du Programme Alimentaire Mondial (PAM) à Mogadiscio, en Somalie. Des milliers de personnes ont afflué dans la capitale somalienne à la mi-2017 à la recherche de nourriture et d’eau lors de la grave sécheresse qui a frappé les régions rurales reculées. Photo : Giles Clarke pour Getty/OCHA

L’ONU a réclamé vendredi 1er décembre 2017, 22,5 milliards de dollars pour soutenir les personnes touchées par les conflits et les catastrophes dans le monde en 2018.
Un appel record que les Nations Unies justifient par le fait que 136 millions de personnes auront besoin d’une assistance humanitaire dans 26 pays.
« En 2018, un plus grand nombre de personnes que jamais par le passé auront besoin de l’assistance de l’ONU », a déclaré le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires humanitaires, Mark Lowcock, lors d’un point de presse à Genève.
L’enveloppe demandée de 22,5 milliards de dollars est en hausse de 1% par rapport à l’appel lancé pour 2017. Tous les plans de réponse humanitaire portent essentiellement sur des conflits, a précisé M. Lowcock.
Selon le Secrétaire général adjoint, « les conflits, en particulier les crises prolongées, continueront à représenter la cause principale des besoins en 2018 ».
« A l’exception de deux d’entre eux, (les crises) portent sur des situations comportant un élément majeur de conflit », a ajouté celui qui est également le Coordonnateur des secours d’urgence.

La Syrie, le Yémen et la RDC en tête de liste des urgences humanitaires
Parmi les préoccupations d’urgence, la Syrie devance le Yémen et la République démocratique du Congo (RDC) sur le nombre de personnes qui seront assistées.
Sans surprise, le conflit syrien, qui dure depuis 2011, reste en effet la priorité numéro une de l’appel 2018, entre l’aide fournie à l’intérieur du pays (11,2 millions de personnes recevront une assistance) et celle fournie aux réfugiés et communautés qui les accueillent dans les pays limitrophes (5,2 millions de personnes concernées). Près de 3,5 milliards de dollars seront destinés aux opérations menées à l’intérieur du pays et plus de 4,1 milliards aux réfugiés dans les Etats voisins.
Le Yémen, en proie à la plus grave crise humanitaire au monde, est la deuxième priorité de cet appel : l’ONU demande 2,5 milliards de dollars (+7% sur un an) afin de venir en aide à 10,8 millions de personnes vulnérables, soit un peu moins de la moitié des personnes qui ont réellement besoin d’aide dans ce pays.
La situation au Yémen devance celle du Soudan du Sud (1,7 milliards de dollars demandés) auquel il faut ajouter aussi 1,5 milliards de dollars pour les réfugiés dans des pays de la région. Mais la RDC affiche l’augmentation la plus importante – 125% – soit 1,6 milliards de dollars pour plus de 13 millions de personnes dans le besoin dont 10,5 millions devant recevoir une aide humanitaire.
Par ailleurs, l’ONU estime que les besoins humanitaires diminueront dans certains pays mais resteront considérables, comme en Afghanistan (430 millions de dollars), au Nigeria (1,1 milliard de dollars), en Ethiopie (895 millions de dollars), en Iraq (550 millions de dollars), au Mali (255 millions de dollars) et en Ukraine (186 millions de dollars).
En outre, les besoins augmenteront en revanche significativement au Burundi (94,7 millions de dollars), au Cameroun (305,7 millions de dollars), en Libye (250 millions de dollars), en Somalie (1,5 milliard de dollars) et au Soudan (un milliard de dollars).
« Outre le coût humain tragique de la violence, les conflits contraignent souvent les personnes à fuir les leur foyer. Les enfants ne peuvent pas aller à l’école. La guerre perturbe les approvisionnements en vivres et l’accès à l’alimentation », a souligné M. Lowcock.

« Les défis auxquels nous sommes confrontés en 2018 sont immenses »
Du côté des catastrophes, l’ONU estime que les sécheresses, les inondations, les ouragans et autres désastres naturelles créeront également des besoins humanitaires. « Certains spécialistes prévoient un risque accru de tremblements de terre en 2018 », ont indiqué les Nations Unies.
« Les défis auxquels nous sommes confrontés en 2018 sont immenses. Avec l’appui des donateurs, nous pouvons être plus efficaces et plus efficients dans la réponse aux besoins de millions de personnes dans le monde », a fait remarquer le chef de l’humanitaire de l’ONU.
En 2017, les humanitaires ont atteint plus de civils que jamais auparavant. Des dizaines de millions de personnes ont été assistées, dont des millions de vies sauvées.
Malgré les difficultés liées aux conflits, l’aide a pu être acheminée à un coût de 230 dollars en moyenne par personne. Toutefois, les appels humanitaires sont rarement couverts à 100% par les donateurs. A la fin novembre, l’ONU n’avait reçu que 13 milliards de dollars sur 22,2 demandés pour 2017.