Le Conseil de sécurité fait le point sur les mesures prises pour empêcher la destruction et le trafic de biens culturels

La Directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, devant le Conseil de sécurité. Photo ONU/Rick Bajornas

Le Conseil de sécurité s’est réuni jeudi 30 novembre 2017 pour faire un premier bilan des mesures préventives prises par les États Membres pour sauvegarder les biens culturels dans le cadre de conflits armés et empêcher et combattre leur commerce illicite et leur trafic, en vertu de la résolution 2347 (2017), un texte qualifié d’historique au moment de son adoption en mars dernier.
« Nous devons mettre l’accent sur les enquêtes, la coopération transfrontière et l’échange d’informations, et contre ce commerce illicite, mobiliser les secteurs public et privé, y compris les collectionneurs, les marchands d’art et les maisons de vente aux enchères », a déclaré le chef du Bureau de lutte contre le terrorisme des Nations Unies, Vladimir Voronkov.
Rien que dans la région des États arabes, sur les 82 sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), 17 figurent également sur la Liste du patrimoine mondial en péril pour cause de conflit armé, indique le rapport du Secrétaire général que M. Sokonrov était venu présenter au Conseil. Ces sites sont principalement situés en Iraq et en Syrie, où sévit Daech, à l’initiative d’« un système de pillage et de contrebande de biens culturels à grande échelle qui lui permet d’accéder à une source importante de revenus ».
Le trafic illicite, la destruction des sites, la propagande extrémiste sont des éléments d’une stratégie globale, et pour y répondre, « nous devons les aborder de front », a estimé Audrey Azoulay, pour sa première intervention devant le Conseil de sécurité en sa qualité de Directrice générale de l’UNESCO.
« Lorsque, par exemple, la propagande extrémiste affirme que Palmyre doit être détruite parce qu’elle est symbole d’occupation romaine, étrangère à l’identité syrienne, chacun doit être capable de dénoncer ces mensonges et connaître l’histoire de l’identité palmyrénienne, son rôle de carrefour des cultures », a expliqué Mme Azoulay.
Pour le Directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Yury Fedotov, le marché de l’art et les musées devraient contrôler la provenance des biens culturels qu’ils envisagent d’acquérir. À cette fin, leurs Gouvernement peuvent les aider, et bénéficier eux-mêmes de l’assistance technique nécessaire de la part de l’ONUDC et de ses partenaires, notamment l’Organisation mondiale des douanes (OMD). Les deux organisations administrent ainsi le Programme mondial de contrôle des conteneurs, destiné à lutter contre la contrebande à partir des cargos.
De son côtéchef de l’Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL), Jürgen Stock, a souligné que la priorité est à la collecte et à l’échange d’informations, qui doivent être consolidées en « un seul flux opérationnel » en s’appuyant sur les technologies numériques.
Il a ainsi annoncé le développement d’une application pour téléphonie mobile qui permettra aux officiers de police, y compris à ceux présents dans les zones de conflit, de prendre des photos de biens culturels, de les télécharger et de les comparer avec ceux « portés disparus » dans la base de données d’INTERPOL.
Coauteur de la résolution 2347 (2017) aux côtés de la France, l’Italie, à l’initiative de cette séance, avait invité le Chef de projet de la protection du patrimoine auprès du Ministère italien de la culture, Alessandro Bianchi. Pour ce dernier, la démolition complète en 2014, par Daech, de 36 bâtiments d’une valeur archéologique, historique et culturelle remarquable sur les 80 que compte Mossoul relève d’un saccage « identitaire ».