Sahel : La mission du Conseil confirme la volonté des États de la région de rendre opérationnelle leur force conjointe de sécurisation des frontières

La mission du Conseil de sécurité dans le Sahel, qui s’est déroulée du 19 au 22 octobre derniers, a permis de confirmer la détermination politique des États sahéliens à finaliser rapidement, avec l’appui de la communauté internationale, le déploiement de la force régionale chargée de sécuriser leurs frontières, ont unanimement salué, le jeudi 26 octobre 2017, les trois membres de la délégation du Conseil à s’être rendus sur place.
Menée par la France, l’Italie et l’Éthiopie, cette visite de quatre jours au Mali, en Mauritanie et au Burkina Faso avait pour objectif de fournir aux membres du Conseil une évaluation de première main concernant l’opérationnalisation de la Force conjointe créée en février 2017 par les cinq pays membres du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad). La mission avait également pour but d’évaluer la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, conclu en février 2015.
« Le premier enseignement, c’est que les autorités des trois pays dans lesquels nous nous sommes rendus ont unanimement réaffirmé leur engagement politique en faveur de l’opérationnalisation dans les meilleurs délais de la Force conjointe », s’est d’emblée félicité le Président du Conseil de sécurité pour le mois d’octobre et Représentant permanent de la France, M. François Delattre, le même constat étant fait par ses homologues de l’Italie, M. Sebastiano Cardi, et de l’Éthiopie, M. Tekeda Alemu.
Revenant sur la chronologie de leur mission, les membres du Conseil ont précisé qu’à leur arrivée, le 19 octobre, à Bamako, la capitale malienne, ils s’étaient entretenus avec le Président du pays, M. Ibrahim Boubacar Keïta, et les membres de son cabinet. À la suite de ces réunions, la délégation s’est rendue à Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, afin de s’entretenir avec le Président mauritanien, M. Mohamed Ould Abdel Aziz, et le Secrétaire permanent du G5 Sahel, M. Najim Elhadj Mohamed.
Le 22 octobre, la délégation s’est rendue à Sévaré, dans le centre du Mali, pour une visite du poste de commandement de la Force conjointe du G5 Sahel, récemment inauguré le 9 septembre dernier. Les trois membres du Conseil se sont entretenus à cette occasion avec le Commandant de la Force, le général Didier Dacko. De Sévaré, la délégation s’est ensuite rendue à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, où un hommage a été rendu aux victimes de l’attentat terroriste meurtrier perpétré le 13 août 2017 contre le café Aziz Istanbul. Ils se sont ensuite entretenus avec le Président du Burkina Faso, M. Roch Marc Christian Kaboré.
De ces différentes rencontres, il ressort que « beaucoup a été fait en peu de temps s’agissant de l’opérationnalisation de la Force conjointe », a déclaré M. Delattre, avant d’ajouter que la montée en puissance progressive de la Force avait vocation à faciliter la mise en œuvre des mandats de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et de l’opération française Barkhane.
Pour combattre « l’insécurité croissante qui caractérise la région, secouée par le terrorisme, la criminalité transfrontalière, le trafic d’armes et de drogues et le déficit de développement », le représentant italien, M. Cardi, a en effet estimé que les pays du Sahel avaient pris pleinement conscience de la nécessité de bâtir une architecture régionale de sécurité aux frontières. Dans ce cadre, il a émis le souhait que le déploiement de la Force conjointe puisse répondre aux attentes de la région.
Outre le volet sécuritaire, le représentant italien a également pris note, lors de sa rencontre avec le Secrétaire permanent du G5 Sahel, de l’insistance de ce dernier sur le développement et la lutte contre les inégalités comme facteurs clefs du maintien de la stabilité dans le Sahel.
Certes, une approche « holistique » est importante, a, quant à lui, déclaré son homologue de l’Éthiopie, mais lutter contre le fléau de l’insécurité et du terrorisme doit, selon lui, demeurer la priorité. M. Alemu a en effet dit à quel point il avait été choqué par l’ampleur des difficultés rencontrées par les populations au quotidien. Lors de ses rencontres avec des représentants de la société civile à Ouagadougou, il a été frappé par la façon dont l’insécurité entravait la vie des habitants, qui ont même peur de se rendre sur les marchés pour faire leurs achats.
« Ne pas les aider serait catastrophique et aurait des incidences négatives sur la communauté internationale », a-t-il affirmé, appelant le Conseil à tout faire pour appuyer le déploiement de la Force conjointe. C’est d’ailleurs, a estimé le représentant de la France, le second enseignement que la visite du Conseil a permis de mettre en évidence, à savoir le soutien unanime et appuyé de tous les membres du Conseil envers la Force. Réfléchir à la meilleure façon de renforcer le soutien de la communauté internationale à la Force sera d’ailleurs l’objet, a-t-il dit, de la réunion du Conseil que présidera, le 30 octobre prochain, le Ministre français de l’Europe et des affaires étrangères, M. Jean-Yves Le Drian.
Déplorant, par ailleurs, la mort aujourd’hui même de trois soldats de la paix tchadiens de la MINUSMA, M. Delattre a réaffirmé la conviction du Conseil « qu’il ne saurait y avoir de stabilité durable au Sahel sans une mise en œuvre effective, intégrale et inclusive » des dispositions de l’Accord de paix au Mali. Sur ce point, il a déclaré que la mission du Conseil avait été l’occasion pour les autorités maliennes de faire part des avancées récentes dans la mise en œuvre de l’Accord.
Toutefois, a-t-il remarqué, les groupes signataires ont déploré, dans un document conjoint, un manque de concertation de la part du Gouvernement à cet égard. M. Delattre est alors revenu sur le communiqué de presse publié par le Conseil, le 6 octobre dernier, dans lequel il exprime sa profonde préoccupation face aux retards persistants dans la mise en œuvre intégrale des dispositions clefs de l’Accord pour la paix et la réconciliation de 2015.
Par ailleurs, le représentant français a mentionné deux rencontres avec la société civile, à Bamako et à Mopti, dans le centre du Mali, au cours desquelles il a noté la volonté des femmes d’être davantage associées à la mise en œuvre de l’Accord et d’être mieux représentées au sein des institutions chargées du suivi de cette mise en œuvre. Il a également noté la « lassitude de la population du centre » du pays face à la menace des groupes terroristes qu’elle doit affronter.
Évoquant, en outre, la cérémonie pleine « d’émotion », à laquelle la délégation du Conseil a assisté à Bamako, en hommage aux 146 Casques bleus de la MINUSMA décédés dans l’exercice de leur fonction, M. Delattre a appelé le Conseil à observer cette bonne pratique lors de chaque visite dans un pays où est déployée une opération de maintien de la paix de l’ONU.
Le Président du Conseil a enfin noté que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA), officiellement invité à s’associer à cette visite, n’avait pas été en mesure d’envoyer un représentant, du fait de son programme de travail chargé, mais avait toutefois indiqué « sa pleine disposition » à participer à de prochaines missions.