Mali : Le Conseil de sécurité renouvelle pour un an le mandat de la MINUSMA

Le Secrétaire général devra élaborer un plan stratégique à l’échelle de la Mission dans un délai de 180 jours

Le Conseil de sécurité a, le 29 juin 2017, prorogé le mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) jusqu’au 30 juin 2018 en renforçant ses capacités opérationnelles. Cette décision, adoptée à l’unanimité, intervient à la fin de la période intérimaire de deux ans prévue par l’Accord de paix et de réconciliation de 2015 au Mali.
Le texte de la résolution 2364 (2017) ne modifie pas le plafond des troupes de la Mission qui a été augmenté pour la dernière fois dans sa résolution 2295 (2016). Il intègre toutefois certaines des recommandations formulées par le Secrétaire général dans son dernier rapport* sur le Mali.
« Ce texte confirme l’engagement résolu du Conseil et son unité aux côtés du Mali en soutien du pays et de la MINUSMA », a résumé le représentant de la France dont le soutien est visé précisément par le texte. Son homologue du Mali s’est lui aussi félicité que les capacités opérationnelles de la Mission soient renforcées.
Il est précisé dans le texte que le soutien aux Forces de défense et de sécurité maliennes continuera à inclure les opérations coordonnées, l’appui opérationnel et logistique, le renforcement du partage d’information, l’évacuation médicale, le transport et la planification, « dans les limites des ressources existantes, sans préjudice des principes de base du maintien de la paix ».
L’appui fourni à des forces de sécurité autres que celles de l’ONU, dont les Forces de défense et de sécurité maliennes, doit être strictement conforme à la Politique de diligence voulue en matière de droits de l’homme en cas d’appui de l’ONU à des forces de sécurité non onusiennes, précise le texte.
La résolution contient un paragraphe qui vise spécifiquement les forces françaises pour les autoriser « à user de tous moyens nécessaires, dans la limite de leurs capacités et de leurs zones de déploiement », jusqu’à la fin du mandat confié à la MINUSMA, pour intervenir à l’appui d’éléments de la Mission en cas de menace grave et imminente, à la demande du Secrétaire général.
Par ailleurs, la « problématique hommes-femmes » doit être considérée comme « une question transversale touchant tous les aspects du mandat de la Mission ». De même pour la protection des enfants: la MINUSMA doit aider les autorités maliennes à veiller à ce que cette question soit prise en compte, notamment dans le cadre des opérations de désarmement, de démobilisation et de réintégration et dans la réforme du secteur de la sécurité.
Tout en saluant les progrès récemment accomplis dans la mise en œuvre de l’Accord de paix et de réconciliation de 2015 au Mali, le Conseil, dans sa résolution, exhorte le Gouvernement malien et les groupes armés des coalitions Plateforme et Coordination à maintenir un dialogue constructif, avec la volonté politique ferme et sincère d’accélérer la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali. La population du pays doit en effet pouvoir « bénéficier concrètement des avantages de la paix ».
Il les exhorte aussi à convenir d’urgence d’un nouveau calendrier pour la mise en œuvre de l’Accord, en prenant les mesures qui s’imposent. Le Conseil demande aussi au Gouvernement malien de mettre la dernière main à sa stratégie pour le développement du nord du pays et au plan d’urgence national.
Le Conseil prie également le Secrétaire général d’élaborer « un plan stratégique à l’échelle de la Mission », dans les 180 jours suivant l’adoption de la résolution. Ce plan prévoira l’exécution échelonnée du mandat de la MINUSMA et contiendra « un plan de transition » pour notamment déléguer certaines tâches à l’équipe de pays des Nations Unies.
Le représentant de la France, M. François Delattre, qui a rédigé le projet de texte, a salué cette adoption et les négociations constructives entre les membres du Conseil de sécurité qui ont abouti à ce résultat important. La résolution confirme le mandat robuste confié à la Mission et s’inscrit dans l’esprit du nouveau partenariat stratégique que les Nations Unies entendent nouer avec l’Union africaine et les États africains, a-t-il dit en soulignant deux avancées majeures en ce sens.
Tout d’abord, le soutien des Casques bleus aux Forces de défense et de sécurités maliennes est confirmé, a noté le représentant de la France pour qui c’est un point crucial. Cette disposition fixe à la Mission des lignes d’action claires pour rétablir la sécurité sur le territoire malien et combler le vide sécuritaire dont profitent les groupes terroristes. En même temps, la MINUSMA doit aussi contribuer à renforcer la sécurité des Casques bleus.
Le Conseil de sécurité renforce en deuxième lieu la coopération entre les Casques bleus, la Force du G5 Sahel et les forces françaises. Il établit une coopération renforcée entre la MINUSMA et les forces françaises de l’Opération Barkhane. De l’avis de la France, l’action du G5 Sahel contribuera à sécuriser la région du Sahel face aux groupes terroristes, ce qui facilitera la mise en œuvre du mandat de la MINUSMA et la sécurité des Casques bleus.
« Il revient au Secrétariat et aux États Membres de mettre à la disposition de cette Mission les moyens lui permettant de mieux encore mettre en œuvre son mandat », a conclu le représentant français en demandant aussi aux parties signataires de l’Accord de paix d’en accélérer la mise en œuvre.
Le représentant de l’Uruguay a exprimé sa préoccupation sur une question de forme en regrettant que le projet de texte n’ait pas été soumis à une procédure d’adoption tacite. Sur le fond, il a rappelé avoir été un des premiers pays à adhérer aux Principes de Kigali relatifs à la protection des civils. Il a noté qu’un paragraphe de la résolution demandait au Secrétaire général de s’informer sur le respect de leurs obligations par le personnel de maintien de la paix. En effet, le Conseil de sécurité doit être cohérent au moment d’approuver les mandats, a-t-il fait valoir, en regrettant que ce paragraphe ait disparu pour le renouvellement de la mission qui est perçue comme la plus dangereuse au monde, et plaidant en faveur du principe de responsabilisation.
Le représentant du Sénégal s’est félicité de l’adoption de la résolution mais aussi de celle, par le Gouvernement malien, d’un plan visant à assurer la présence de l’État malien, y compris des forces armées, sur l’ensemble de son territoire. « Le Sénégal continuera de s’impliquer en faveur de la paix dans ce pays frère qu’est le Mali par le biais du déploiement de sa force de réaction rapide. »
La résolution qui vient d’être adoptée est « importante à plus d’un titre », a dit le représentant du Mali, M. Sem Issa Konfourou, en expliquant que le Conseil de sécurité répond ainsi à une demande de son pays, appuyée par l’Union africaine et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
« Donner un mandat adapté à la situation est une chose, mais doter la MINUSMA des moyens matériels, financiers et humains en est une autre », a-t-il remarqué en se félicitant que les capacités opérationnelles de la Mission soient renforcées. Il a salué les pays contributeurs de troupes qui ont fait des promesses à cet égard.
Il a aussi jugé important de renforcer la coopération entre les forces de sécurité au Mali et la Mission, notamment pour soutenir les premières dans leur lutte contre le terrorisme. En outre, il a apprécié que le mandat renouvelé prenne en compte l’appui au rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire, avant d’assurer que son gouvernement poursuivrait ses efforts de mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, tout en fournissant des services de base à la population en veillant au respect de la situation des droits de l’homme.
Rappelant la création récente de la Force conjointe du G5 Sahel, il a plaidé en faveur d’un soutien accru en vue de la mobilisation des moyens nécessaires au fonctionnement de cette force.