Haïti : Le Conseil de sécurité proroge, une dernière fois jusqu’au 15 octobre 2017, la MINUSTAH et crée son successeur, la MINUJUSTH

Les membres d’une unité de police constituée au sein de la Mission de stabilisation des Nations Unies en Haïti (MINUSTAH) patrouillent dans un quartier de la capitale, Port-au-Prince (2009). Photo de l’ONU/Marco Dormino

Plus de 13 ans après son déploiement, le Conseil de sécurité a, le 13 avril 2017, prorogé, pour une période «finale» de six mois, le mandat de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) et créé la Mission des Nations Unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH), appelée à lui succéder à compter du 16 octobre 2017.
En adoptant, à l’unanimité de ses 15 membres, la résolution 2350 (2017), présentée par les États-Unis, le Conseil de sécurité a décidé que cette nouvelle mission de maintien de la paix sera chargée d’aider le Gouvernement haïtien à renforcer les institutions de l’état de droit, d’appuyer et de développer encore la police nationale, et de suivre la situation en matière de droits de l’homme dans le pays.
La MINUJUSTH devra compter jusqu’à sept unités de police constituées – soit 980 personnes – et 295 policiers hors unités constituées, pour une période initiale de six mois allant du 16 octobre 2017 au 15 avril 2018, précise la résolution. Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, le Conseil autorise en outre la MINUJUSTH à «protéger les civils menacés de violences physiques imminentes, dans la limite de ses moyens et de ses zones de déploiement».
Au cours des six prochains mois, la composante militaire de la MINUSTAH devra progressivement se retirer d’Haïti, «le retrait devant être terminé intégralement au 15 octobre 2017», date de la «clôture» de la Mission, indique encore le texte.
Le Secrétaire général de l’ONU, prié de mener à bien une transition responsable entre les deux missions, devra présenter au Conseil de sécurité, «30 jours avant l’expiration du mandat initial de la MINUJUSTH», un rapport d’évaluation qui prévoie une «stratégie de sortie sur deux ans bien établie et assortie d’objectifs clairs», pour laisser place à une présence des Nations Unies autre qu’une opération de maintien de la paix.
Si dans l’ensemble, les membres du Conseil se sont félicités de la création de la MINUJUSTH, des voix dissonantes se sont fait entendre, notamment celle de la Fédération de Russie, dont le représentant a estimé que le mandat de cette Mission n’avait rien de la «clarté» et du «réalisme» auxquels appelaient les États-Unis lors du débat qu’ils avaient organisé le 6 avril sur l’efficacité des opérations de paix.
«D’un côté, la nouvelle mission doit veiller au respect des droits de l’homme, de l’autre, elle doit agir en vertu du Chapitre VII qui prévoit l’usage de la force. «Comment ces deux éléments peuvent-ils être compatibles ?» s’est-il interrogé, appuyé par ses homologues de la Bolivie et de la Chine, avant d’affirmer que cette résolution n’est pas le fruit des travaux du Groupe des Amis d’Haïti, «manifestement tenu à l’écart des discussions».
Les représentants de l’Uruguay, de la Bolivie et du Brésil se sont en effet étonnés du paragraphe 18 de la résolution «inclus à l’insu du Groupe, à la dernière minute». Dans cette disposition, le Conseil, tout en saluant la détermination des pays fournisseurs de contingents et d’effectifs de police dans l’exécution des mandats des missions, dans des environnements difficiles, souligne toutefois « combien il importe de régler des questions telles que les restrictions nationales non déclarées, l’absence de direction et de commandement efficaces, le refus d’obéir aux ordres, l’inaction face aux attaques perpétrées contre des civils et l’insuffisance des équipements, qui risquent de compromettre l’exécution efficace des mandats ».
Ce paragraphe n’était pas nécessaire car il ne reflète en aucun cas la réalité sur le terrain et la bonne performance des troupes de la MINUSTAH, s’est opposé le représentant brésilien dont le pays commande la force de la Mission. Les Casques bleus, a rétorqué la représentante des États-Unis, ont-ils vraiment assuré la sécurité de ces enfants qui, pour quelques biscuits, ont été abusés sexuellement par des soldats de la paix, déployés pour protéger des innocents et non pour les exploiter ou les violer? Les pays qui refusent de tenir leurs soldats pour responsables de leurs actes doivent comprendre que soit ces abus prennent fin, soit leurs contingents seront renvoyés chez eux et leurs compensations financières, terminées, a prévenu Mme Haley qui a décrit la MINUSTAH comme une «Success Story» certes mais aussi comme «un cauchemar».